La légion fête Camerone
Par Michel Therme le 24 avril 2010, 15:30 - Cérémonies - Lien permanent
Le 30 avril 1863, trois officiers et soixante deux légionnaires ont lutté jusqu'au dernier contre deux milles soldats mexicains.

Cette année, la cérémonie commémorant le 147e anniversaire du combat de Camerone mené par les Légionnaires du corps expéditionnaire français au Mexique, en 1863, s’est déroulée à Lyon sur la place d’armes du quartier général Frère.
Un détachement en armes de la Préparation Militaire Marine de Lyon était présent auprès des légionnaires d’actifs pour rendre les honneurs. La levée des couleurs et du fanion de la Légion a eu lieu devant les nombreux drapeaux des différentes associations régimentaires et d'anciens combattants.
Après une allocution du général Mascaro, président de l’AALE, ponctuée par la Batterie fanfare La Fraternelle de Saint Georges d’Espéranche, l’adjudant-chef en retraite Scaglianti a lu le récit du combat de Camerone.
Un dépôt de gerbe a clôturé la cérémonie.
L’expédition du Mexique.
Le Mexique ne formait pas à l’époque une véritable nation. Les rivalités ethniques et politiques divisent la population. Depuis l’indépendance, le 27 septembre 1821, le pays est en proie à des coups d’États incessants, l’usant financièrement.
Face à l'incapacité du gouvernement de Benito Juárez de payer les dettes mexicaines, les gouvernements français, espagnol et britannique envoient une force expéditionnaire occuper le port de Veracruz.
Le 31 octobre 1861, un accord préliminaire, la Convention de Soledad, est signée entre le gouvernement légal du Mexique et les représentants des puissances européens alliées. Cette convention destinée à mettre fin à l'expédition du Mexique, constitue le cadre légal de l'expédition dont l'objectif est de protéger les ressortissants européens et rechercher un accord pour apurer les dettes du Mexique. Connue à Paris mi-mars, le gouvernement de Napoléon III désapprouve la convention. Les négociations sur le règlement de la dette échoueront le 9 avril 1862 à Orizaba.
Les anglais et les espagnols, moins engagés vis-à-vis des discussions avec l'archiduc d’Autriche Maximilien profitent des dissensions entre alliés pour retirer leurs troupes dès le 24 avril 1862 laissant les français poursuivre seuls l'expédition.
En pleine guerre de Sécession américaine, afin de contrer l’expansion des États-Unis et leur domination sur tout le continent américain, l’Empereur Napoléon III estimant que les intérêts européens, et français en particulier sont menacés, décide de marcher sur Mexico pour y établir une monarchie.
Le général Charles Ferdinand Latrille de Lorencez, à la tête du commandement français, marche vers Puebla. Les français arrivent devant la ville, le 5 mai 1862. Les douze milles hommes du général Saragoza pauvrement armés mais solidement retranchés parviennent à repousser les français, dont un millier périssent au cours de la bataille. Lorencez sonne alors la retraite, et se retire piteusement.
Lorsque la nouvelle de la défaite devant Puebla est connue à Paris, Napoléon III envoie un renfort de vingt six milles hommes au Mexique, sous le commandement du nouveau général en chef Elie Frédéric Forey. Ce dernier et ses hommes arrivent au Mexique en septembre 1862. La ville fortifiée de Puebla est assiégée.
La Légion résiste à Camerone.
À Sidi-Bel-Abbès en Oranie, la Légion étrangère reçoit l'ordre de former deux bataillons pour le Mexique.
Embarqué à Oran le 8 février sur le "Saint-Louis", le 2ème régiment de la Légion étrangère arrive, le 28 mars 1863, dans le port de Veracruz. Les légionnaires commandés par le colonel Jeanningros ont pour mission d’assurer sur cent vingt kilomètres la circulation et la sécurité des convois entre Veracruz et Cordoba, vitales pour le ravitaillement du corps expéditionnaire français qui assiège la ville de Puebla depuis deux ans.
Le 29 avril 1863 au soir, Jeanningros commandant le bataillon de Chiquihuite est informé qu’un important convoi parti de Veracruz le 14 avril 1863 vient d’arriver à La Soledad. Sa destination Puebla. Il transporte des pièces d’artillerie, du matériel de siège, des munitions, des vivres, des médicaments et trois millions en numéraires. Ayant peur que ce convoi soit attaqué, le colonel Jeanningros décide d'envoyer la 3ème compagnie en éclaireur afin de vérifier les alentours de Palo Verde, à une dizaine de kilomètres de Camerone, avant l'arrivée du convoi.
La 3ème compagnie, qui est de permanence, n’a qu’un effectif valide de soixante deux hommes, pas de capitaine et ses officiers sont malades comme une trentaine de légionnaires, atteints par la fièvre jaune qui sévit dans la région. Le capitaine Jean Danjou se porte volontaire pour la commander et mener la mission, confiée à la compagnie.
Le 30 avril 1863, partie de Chiquihuite à une heure du matin, la compagnie arrive à Pao Verde vers sept heure après avoir parcouru les vingt quatre kilomètres qui les séparent de leur garnison de départ. Les légionnaires en profitent pour se reposer et faire du café.
L’eau destinée au café commence à bouillir lorsque des sentinelles signalent, en direction de Camerone, des cavaliers mexicains. Ceux-ci étant trop nombreux, le capitaine Danjou décide de se replier sur le village. À peine sont-ils arrivés sur les lieux qu'un coup de feu claque, blessant un légionnaire. La colonne dépasse alors le groupe de maisons. C'est à ce moment que la cavalerie du commandant Anastasio Jimenez charge la troupe de légionnaires qui est contrainte de former le carré. La première salve brise la charge et met en fuite les mexicains. Les français n’ont subi aucune perte.
La cavalerie recharge sur la troupe mais le tir des légionnaires est toujours aussi meurtrier. Arrivé à la hauteur de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur épais de trois mètres de haut, le capitaine Danjou et ses hommes décident de se retrancher dans l'hacienda pour fixer l'ennemi et retarder ainsi le plus possible le moment où celui-ci pourra attaquer le convoi.
Les hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, portes et brèches sont barricadées. Vers neuf heure trente, le sergent Morzycki observateur sur le toit, rend compte de l’importance du dispositif ennemi. Un officier mexicain, faisant valoir la supériorité du nombre, somme le capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre "Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas". Puis, levant la main, il jura de se défendre jusqu’à la mort et fit prêter à ses hommes le même serment. Il est dix heures.
Jusqu’à dix huit heures, ces soixante hommes, qui n’ont pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résisteront à deux milles Mexicains : huit cents cavaliers, mille deux cents fantassins.
À onze heures, alors qu’il traverse la cour, le capitaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. Le commandement revient au sous-lieutenant jean Vilain.
Vers douze heures, un clairon sonne, accompagné de roulements de tambour. L’infanterie mexicaine arrive sous les ordres du colonel Milan. Apercevant le sergent Morzycki sur le toit, les mexicains renouvellent leur proposition de reddition mais celui-ci répond par le "mot de Cambronne".
À quatorze heures, le sous-lieutenant Vilain tombe, frappé d’une balle au front. Le sous-lieutenant Maudet lui succède, mais il est désormais impossible de coordonner l’action des groupes de défenseurs dispersés dans l’hacienda. Ils ne sont probablement plus qu’une vingtaine, fatigués, affamés et surtout assoiffés.
À seize heure, ils résistent encore. Les assaillants réussissent à mettre le feu à l'hacienda, pour enfumer les légionnaires, pendant que d'autres essayent de pénétrer dans la pièce tenue par les français. Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. À dix sept heures, autour du sous-lieutenant Maudet, il ne reste que douze hommes en état de combattre.
Le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre cette poignée de braves (un légionnaire qui comprend l’espagnol traduit au fur et à mesure ses paroles). Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant, le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet, celui-ci la repousse avec mépris.
Bientôt il ne reste autour de Maudet que cinq hommes, le caporal Maine, les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin, Leonhard. Chacun garde encore une cartouche, ils ont la baïonnette au canon et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face. Au signal de Maudet, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l'ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort.
Maine et ses camarades vont être massacrés quand un officier Mexicain, le colonel Angel Lucido Cambas se précipite sur eux et les sauve. Il leur crie "Rendez-vous !". "Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes". Leurs baïonnettes restent menaçantes. "On ne refuse rien à des hommes comme vous !" répond l'officier mexicain.
Lorsque le colonel Milan voit s’approcher de lui les trois survivants, épuisés, couvert de sang, stupéfait, il s’écrit "Mais ce ne sont pas des hommes… ce sont des démons !".
Trente trois légionnaires sont morts et trente et un faits prisonniers. Ils sont presque tous blessés, dix neuf mourront en captivité. Les soixante hommes du capitaine Danjou auront tué et blessés trois cents soldats mexicains.

Bien qu'il s'agisse pour la Légion d'une défaite, les soixante hommes du Capitaine Danjou ont tenu jusqu'au bout leur serment, ils ont, par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée.
L'empereur Napoléon III décida que le nom de CAMERONE serait inscrit sur le drapeau du régiment étranger et que, de plus, les noms de DANJOU, VILAIN, et MAUDET seraient gravés en lettre d'or sur les murs des Invalides à Paris.
Un monument fût élevé en 1892 sur l'emplacement du combat. Il porte l'inscription :
ILS FURENT ICI MOINS DE SOIXANTE
OPPOSÉS A TOUTE UNE ARMÉE,
SA MASSE LES ÉCRASA.
LA VIE PLUTÔT QUE LE COURAGE
ABANDONNA CES SOLDATS FRANÇAIS LE 30 AVRIL 1863.
A LEUR MÉMOIRE LA PATRIE ÉLEVA CE MONUMENT.
Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes.
Le sacrifice au service d’un idéal doit rester dans la vocation de l’homme moderne, c’est pourquoi nos légionnaires, victimes du devoir depuis les débuts, sont aujourd’hui pour nous l’occasion de méditer sur le prix d’une parole donnée à la patrie.
Ceux qui ont eu l’insigne honneur de commander des légionnaires, de se battre avec eux, de bénéficier de leurs secours, savent qu’un légionnaire est d’abord un homme qui ne ment pas à l’épreuve du feu, qui tient sa parole au risque de sa vie.
Peu importe que le légionnaire soit germain, slave, latin ou océanien, il a signé un contrat d’honneur et de fidélité au service de la France, il est français “ par le sang versé ”.


